La vitamine B12 de la spiruline serait-elle dangereuse ?

La qualité de la vitamine B12 contenue dans la spiruline est remise en question par certains: active, pseudo B12, elle serait même dangereuse. Sur quoi reposent ces allégations, et qu’en dit réellement la science ?

On me pose régulièrement la question de la qualité de la vitamine B12 dans la spiruline. Mes interlocuteurs cherchent à savoir s’il s’agit d’une vrai source de cette vitamine, si la B12 de la spiruline ne serait en fait qu’une pseudo-B12 ou pire, qu’elle empêcherait l’assimilation de la vraie B12 !

Il existe en effet une controverse datant des années 1990 et entretenue par les laboratoires vendant de la B12 de synthèse. Je vous propose de faire le point sur les raisons de cette controverse et l’état des études scientifiques les plus récentes sur le sujet.

Le doute sur la B12 de la spiruline : Contiendrait-elle de la pseudo-B12 ?

Le doute concernant la capacité du corps humain à assimiler la vitamine B12 a commencé avec deux études publiées en 1991[1] et en 1993[2]. Les tests réalisés par le Prof. Leitzmann en 1993 notamment ne révélèrent aucune liaison entre la B12 de la spiruline et le facteur intrinsèque (ou facteur de Castle). Ce dernier élément est une protéine produite dans notre estomac et à laquelle se lie normalement la méthylcobalamine, la B12 dite « active », dans nos intestins pour être assimilée. Cette étude semblait ainsi démontrer l’inactivité de la B12 de la spiruline. C’est ainsi que celle-ci fut cataloguée comme une pseudo-B12 ou une B12 analogue, inactive.

Avant d’aller plus loin, il faut noter qu‘il s’agit de la voie d’assimilation principale. Une faible proportion de vitamine B12 peut cependant être également absorbée par diffusion passive, sans facteur intrinsèque[3] [4]. On entrevoit déjà que les choses ne sont pas si simples.

En 1995, une autre étude[5], utilisant pourtant la même méthode d’analyse, vint contredire les résultats de Leitzmann. Elle révèle une haute teneur en B12 « active » dans spirulina platensis (aujourd’hui dénommée arthrospira platensis), notre spiruline.

Les B12 de la spiruline : Une pseudo-B12 et une B12 active

En raison de ces importantes disparités dans les résultats, la méthode de choix pour le dosage de la vitamine B12 a changé à la fin des années 1990. Elle est désormais basée sur la chimiluminescence. Cette méthode permet de déterminer avec davantage de précision le contenu et les différents composés des corrinoïdes, auxquels appartient la B12.

C’est cette méthode qu’a utilisé l’équipe du Prof. Watanabe en 1999[6] puis en 2002[7] pour démontrer que :

  • Le principal corrinoïde de la spiruline (à hauteur de 83%) est la 7-adeninyl cyanocobamide, une forme semble-t-il inactive chez l’homme;
  • La méthylcobalamine ou vitamine B12 « active » représente 17% du total des corrinoïdes.

L’étude de 1999 a par ailleurs rappelé que la cyanocobamide n’interfère pas dans le métabolisme normal de la B12 « active », balayant ainsi un autre doute qui est encore relayé par certains. Il avait pourtant était démontré dès 1960[8] qu’en présence de B12 « active » et de pseudo-B12, le facteur intrinsèque se lie de préférence à la méthylcobalamine.

Une autre analyse[9], également publiée en 1999, présente de son côté une fraction de 36% de B12 assimilable par l’homme.

En 2007, une étude démontre que la vitamine B12 de la spiruline serait bien assimilée par les rats[10] mais le Prof. Watanabe, suite à un travail de compilation exhaustif[11] de toutes les recherches sur le sujet ne parvient pas à conclure de manière absolument certaine quant à la biodisponibilité de la B12 de la spiruline pour le corps humain.

Les sources traditionnelles de B12 : Riches en pseudo-B12

Photo d'une assiette d'aliments riches en vitamine B12

Par ailleurs, selon Falquet et Hurni [12], il est désormais « établit que bien d’autres sources alimentaires de vitamine B12 (peut-être toutes !) contiennent elles-aussi de fortes proportions d’analogues non-métabolisables par l’homme».  Cette proportion pourrait s’élever jusqu’à 80% des teneurs en B12 communément indiquées[13]. Bref, l’homme a toujours consommé différentes formes de B12, dont de la pseudo-B12 ce qui confirme, s’il en était besoin, l’innocuité de la B12 dite « inactive ».

La spiruline, source confirmée de B12 pour l’homme

Ce n’est qu’en 2010 qu’une étude[14] parue dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry identifie la B12 de la spiruline par deux méthodes de chromatographie (CLHP[15] et CCM[16]) puis confirme les résultats des études de 1999 et l’authenticité de la méthycobalamine par deux autres techniques (LC-MS[17] et MS/MS[18]).

Nous savons désormais, sans l’ombre d’un doute que la spiruline contient une part non négligeable de méthylcobalamine biodisponible pour l’homme. Elle est ainsi un aliment de choix comme source de B12 pour tous, et la seule source alimentaire de B12 pour les végétaliens !

Enfin, pour la petite histoire, les résultats d’un essai clinique randomisé en double aveugle publiés en 2017[19] indiquent qu’une diminution importante du nombre de transfusions dans le groupe spiruline (28  enfants ont reçu 5 g /jour tandis que le groupe contrôle de 25 enfants ont reçu un placebo) pourrait « être expliquée par la richesse en vitamine B12 de la spiruline », illustrant ainsi sa biodisponibilité.

B12 de la spiruline : Résumé des recherches

Pour résumer l’état de la recherche à ce jour sur la B12 de la spiruline :

  • La forme « inactive » représenterait 64% à 83% de sa teneur totale en vitamine B12,
  • Cette pseudo-B12 n’empêcherait pas l’assimilation de la forme « active » chez l’homme,
  • La forme « active » ou méthylcobalamine représenterait 17% à 36% de sa teneur totale en vitamine B12.

La B12 de la spiruline Dihé

Photo de spaillettes de spiruline de qualité

En considérant la fraction la plus basse (17%), une dose de 3g de spiruline Dihé (1cc bombée de paillettes ou 10 mini comprimés de 300mg) apporterait 7,3µg de B12 active soit 293% des Valeurs Nutritionnelles Recommandées. Cela permet une absorption avec le facteur intrinsèque et sans (dans le cas, courant, où la voie du facteur intrinsèque est déficiente en raison d’une alimentation inappropriée).

Problèmes d’assimilation de la B12

Il existe de nombreuses causes de déficience d’assimilation de la vitamine B12 (cf. le tableau ci-dessous). Hormis les cas d’ablation d’une partie de l’intestin ou de l’estomac et les maladies génétiques (rares), il est possible de traiter ces déficiences.

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Causes Conséquence au niveau de l’assimilation
Heliobacter pylori, gastrectomie, anticorps contre le facteur intrinsèque, gastrite atrophique chronique Carence en facteur intrinsèque
Achlorhydrie, Gastrite légère, certains médicaments. Manque d’acidité et carence en pepsine
Maladies, inflammation ou ablation partielle de l’intestin grêle, carence sévère en calcium, certains médicaments. Pas d’assimilation par l’intestin grêle
Pancréatite, insuffisance pancréatique exocrine, cancer du pancréas, kystes au pancréas, rupture du pancréas, mucoviscidose. Enzyme pancréatique insuffisante/manquante
Maladies génétiques, infections bactériennes, certains médicaments. Problèmes de transformation de la vitamine B12 aux niveaux du sang et des cellules

 

Note sur les compléments de B12

La forme de vitamine B12 la plus souvent commercialisée est la cyanocobalamine. Il s’agit d’une molécule synthétique, qui n’existe pas dans la nature et qui doit être métabolisée par notre organisme pour  devenir active. Elle coûte moins  cher que la méthylcobalamine car elle est plus stable à l’air libre et plus facile à produire. Elle serait cependant 3 fois moins assimilable[20] que sa consœur. Par ailleurs, les bactéries à partir desquelles sont fabriqués ces compléments synthétiques sont généralement des OGM. En 2001, les bactéries génétiquement modifiées représentaient plus de 80 % de la production mondiale. Sachez que les microorganismes ne sont pas concernés par la réglementation européenne sur l’affichage obligatoire de la présence d’OGM. Le site d’information sur les OGM en Union Européenne « GMO Compass » indique explicitement que les vitamines B12 synthétiques sont pratiquement toujours fabriquées à partir d’OGM.

Ajoutons que les comprimés alimentaires contenant de la B12 de synthèse supposée active contiendraient tout de même des analogues. Ces formes « inactives » proviendraient de réactions entre la B12 « active » et d’autres composés comme le fer ou la vitamine C[21].

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Sources:

[1] Dagnelie PC. & al.: Vitamin B-12 from algae appears not to be bioavailable. Am J Clin Nutr. 1991 Mar; 53(3):695-7.
[2] Leitzmann C. (1993) Vitamin B12 aktueller Stand der Forschung, FIT fürs LEBEN 6, 12-15
[3] Abels, J., Vegter, J. J. M., Woldring, M. G., Jans, J. H. and Nieweg, H. O. (1959), The Physiologic Mechanism of Vitamin B12 Absorption. Acta Medica Scandinavica, 165: 105–113. doi: 10.1111/j.0954-6820.1959.tb14477.x
[4] Berlin, H., Berlin, R. and Brante, G. (1968), Oral Treatment Of Pernicious Anemia With High Doses Of Vitamin B12 Without Intrinsic Factor. Acta Medica Scandinavica, 184: 247–258.
[5] Hau R, (1995) Vitamin B12 in der Mikroalge Spirulina platensis, FIT fürs LEBEN 1, 29
[6] Watanabe F, Katsura H, Takenaka S, Fujita T, Abe K, Tamura Y, Nakatsuka T, Nakano Y. (1999) Pseudovitamin B(12) is the predominant cobamide of an algal health food, spirulina tablets.
J Agric Food Chem. 47(11):4736-41.
[7] Watanabe F, Takenaka S, Kittaka-Katsura H, Ebara S, Miyamoto E. (2002). Characterization and bioavailability of vitamin B12-compounds from edible algae. J Nutr Sci Vitaminol (Tokyo). 48(5):325-31.
[8] Toporek M.: The relation of binding power to intrinsic factor activity. Effect of pseudovitamin B12 on absorption of vitamin B12. Am J Clin Nutr. 1960 May-Jun; 8:297-300.
[9] Todd-Lorenz R., (1999) Spirulina Pacifica as a Source of Cobalamin Vitamin B-12 Spirulina Pacifica Technical Bulletin #052
[10] Van Den Berg H. & al: Vitamin B-12 content and bioavailability of spirulina and nori in rats. J Nutr Biochem 1991 2:314-8.
[11] Watanabe F. Vitamin B12 sources and bioavailability. Exp Biol Med (Maywood). 2007 Nov; 232(10):1266-74.
[12] J. Falquet et  J.-P. Hurni, Spiruline, Aspects Nutritionnels, Antenna Technologies, Nov 2006
[13] Herbert V.: Vitamin B-12: plant sources, requirements, and assay. Am J Clin Nutr. 1988; 48:852-8.
[14] Kumudha A.  & al.: Purification, Identification, and Characterization of Methylcobalamin from Spirulina platensis. J Agric Food Chem Aug 2010.
[15] Chromatographie Liquide Haute Performance (High-performance liquid chromatography en anglais)
[16] Chromatographie sur Couche Mince (Thin-layer chromatography en anglais)
[17] Chromatographie en phase Liquide couplée à la Spectrométrie de Masse (Liquid Chromatography Mass Spectrometry en anglais)
[18] Spectrométrie de masse en tandem (Tandem Mass Spectrometry en anglais)
[19] Malam-Abdou B. et al. : Intérêt d’une supplémentation en spiruline chez les enfants Drépanocytaires homozygotes à l’hôpital national de Niamey. Essai clinique randomisé en double aveugle à propos de 53 cas, European Scientific Journal 13(21):208-216 · July 2017
[20] « Methylcobalamin » in Alternative medecine review 3(6):461-3 (1998).
[21] Herbert V., Drivas G., Foscadi R. (1982), Multivitamin/mineral food supplement containing vitamin B12 may also contain analogues of B12. N. Engl. J. Med., vol.307, pp 255-256

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