Le doute sur la B12 de la spiruline : Contiendrait-elle de la pseudo-B12 ?

Le doute concernant la capacité du corps humain à assimiler la vitamine B12 a commencé avec deux études publiées en 1991[1] et en 1993[2]. Les tests réalisés par le Prof. Leitzmann en 1993 notamment ne révélèrent aucune liaison entre la B12 de la spiruline et le facteur intrinsèque (ou facteur de Castle). Ce dernier élément est une protéine produite dans notre estomac et à laquelle se lie normalement la méthylcobalamine, la B12 dite « active », dans nos intestins pour être assimilée. Cette étude semblait ainsi démontrer l’inactivité de la B12 de la spiruline. C’est ainsi que celle-ci fut cataloguée comme une pseudo-B12 ou une B12 analogue, inactive.
Avant d’aller plus loin, il faut noter qu‘il s’agit de la voie d’assimilation principale. Une faible proportion de vitamine B12 peut cependant être également absorbée par diffusion passive, sans facteur intrinsèque[3] [4]. On entrevoit déjà que les choses ne sont pas si simples.
En 1995, une autre étude[5], utilisant pourtant la même méthode d’analyse, vint contredire les résultats de Leitzmann. Elle révèle une haute teneur en B12 « active » dans spirulina platensis (aujourd’hui dénommée arthrospira platensis), notre spiruline.
Les B12 de la spiruline : Une pseudo-B12 et une B12 active
En raison de ces importantes disparités dans les résultats, la méthode de choix pour le dosage de la vitamine B12 a changé à la fin des années 1990. Elle est désormais basée sur la chimiluminescence. Cette méthode permet de déterminer avec davantage de précision le contenu et les différents composés des corrinoïdes, auxquels appartient la B12.
C’est cette méthode qu’a utilisé l’équipe du Prof. Watanabe en 1999[6] puis en 2002[7] pour démontrer que :
- Le principal corrinoïde de la spiruline (à hauteur de 83%) est la 7-adeninyl cyanocobamide, une forme semble-t-il inactive chez l’homme;
- La méthylcobalamine ou vitamine B12 « active » représente 17% du total des corrinoïdes.
L’étude de 1999 a par ailleurs rappelé que la cyanocobamide n’interfère pas dans le métabolisme normal de la B12 « active », balayant ainsi un autre doute qui est encore relayé par certains. Il avait pourtant était démontré dès 1960[8] qu’en présence de B12 « active » et de pseudo-B12, le facteur intrinsèque se lie de préférence à la méthylcobalamine.
Une autre analyse[9], présente de son côté une fraction de 36% de B12 utilisée par l’homme (la méthycobalamine).
En 2007, une étude démontre que la vitamine B12 de la spiruline serait bien assimilée par les rats[10]. Or selon le Prof. Georges Chapouthier, biologiste, directeur de recherche émérite au CNRS, « dans l’écrasante majorité des cas, ce qui est applicable au rat est aussi applicable à l’homme« .
Au même moment, le Prof. Watanabe publiait une étude ne concluant pas de manière absolument certaine quant à la biodisponibilité de la B12 de la spiruline pour le corps humain tout en n’étant pas en mesure de statuer sur le contraire[11].
Les sources traditionnelles de B12 : Riches en pseudo-B12

Par ailleurs, selon Falquet et Hurni [12], il est désormais « établit que bien d’autres sources alimentaires de vitamine B12 (peut-être toutes !) contiennent elles-aussi de fortes proportions d’analogues non-métabolisables par l’homme». Cette proportion pourrait s’élever jusqu’à 80% des teneurs en B12 communément indiquées[13]. Bref, l’homme a toujours consommé différentes formes de B12, dont de la pseudo-B12 ce qui confirme, s’il en était besoin, l’innocuité de la B12 dite « inactive ».
La spiruline, source confirmée de B12 pour l’homme
Ce n’est qu’en 2010 qu’une étude[14] parue dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry identifie la B12 de la spiruline par deux méthodes de chromatographie (CLHP[15] et CCM[16]) puis confirme les résultats des études de 1999 et l’authenticité de la méthycobalamine par deux autres techniques (LC-MS[17] et MS/MS[18]).
Nous savons désormais, sans l’ombre d’un doute que la spiruline contient une part non négligeable de méthylcobalamine biodisponible pour l’homme. Elle est ainsi un aliment de choix comme source de B12 pour tous, et la seule source alimentaire de B12 pour les végétaliens !
Enfin, pour la petite histoire, les résultats d’un essai clinique randomisé en double aveugle publiés en 2017[19] indiquent qu’une diminution importante du nombre de transfusions dans le groupe spiruline (28 enfants ont reçu 5 g /jour tandis que le groupe contrôle de 25 enfants ont reçu un placebo) pourrait « être expliquée par la richesse en vitamine B12 de la spiruline », illustrant ainsi sa biodisponibilité.
B12 de la spiruline : Résumé des recherches
Pour résumer l’état de la recherche à ce jour sur la B12 de la spiruline :
- La forme « inactive » représenterait 64% à 83% de sa teneur totale en vitamine B12,
- Cette pseudo-B12 n’empêcherait pas l’assimilation de la forme « active » chez l’homme,
- La forme « active » ou méthylcobalamine représenterait 17% à 36% de sa teneur totale en vitamine B12.
La B12 de la spiruline Dihé

En considérant la fraction la plus basse (17%), une dose de 3g de spiruline Dihé (1cc bombée de paillettes ou 10 mini comprimés de 300mg) apporterait 7,3µg de B12 active soit 293% des Valeurs Nutritionnelles Recommandées. Cela permet une absorption avec le facteur intrinsèque et sans (dans le cas, courant, où la voie du facteur intrinsèque est déficiente en raison d’une alimentation inappropriée).
Problèmes d’assimilation de la B12
Il existe de nombreuses causes de déficience d’assimilation de la vitamine B12 (cf. le tableau ci-dessous). Hormis les cas d’ablation d’une partie de l’intestin ou de l’estomac et les maladies génétiques (rares), il est possible de traiter ces déficiences.
Consultez pour cela votre médecin. Vous pouvez en parallèle prendre soin de votre microbiote intestinal en le nourrissant avec des prébiotiques que vous trouverez en grande quantité dans la
pulpe de baobab sauvage. Et en plus, ce fruit est délicieux !
| Causes |
Conséquence au niveau de l’assimilation |
| Heliobacter pylori, gastrectomie, anticorps contre le facteur intrinsèque, gastrite atrophique chronique |
Carence en facteur intrinsèque |
| Achlorhydrie, Gastrite légère, certains médicaments. |
Manque d’acidité et carence en pepsine |
| Maladies, inflammation ou ablation partielle de l’intestin grêle, carence sévère en calcium, certains médicaments. |
Pas d’assimilation par l’intestin grêle |
| Pancréatite, insuffisance pancréatique exocrine, cancer du pancréas, kystes au pancréas, rupture du pancréas, mucoviscidose. |
Enzyme pancréatique insuffisante/manquante |
| Maladies génétiques, infections bactériennes, certains médicaments. |
Problèmes de transformation de la vitamine B12 aux niveaux du sang et des cellules |
Note sur les compléments de B12
La forme de vitamine B12 la plus souvent commercialisée est la cyanocobalamine. Il s’agit d’une molécule synthétique, qui n’existe pas dans la nature et qui doit être métabolisée par notre organisme pour devenir active. Elle coûte moins cher que la méthylcobalamine car elle est plus stable à l’air libre et plus facile à produire. Elle serait cependant 3 fois moins assimilable[20] que sa consœur. Par ailleurs, les bactéries à partir desquelles sont fabriqués ces compléments synthétiques sont généralement des OGM. En 2001, les bactéries génétiquement modifiées représentaient plus de 80 % de la production mondiale. Sachez que les microorganismes ne sont pas concernés par la réglementation européenne sur l’affichage obligatoire de la présence d’OGM. Le site d’information sur les OGM en Union Européenne « GMO Compass » indique explicitement que les vitamines B12 synthétiques sont pratiquement toujours fabriquées à partir d’OGM.
Ajoutons que les comprimés alimentaires contenant de la B12 de synthèse supposée active contiendraient tout de même des analogues. Ces formes « inactives » proviendraient de réactions entre la B12 « active » et d’autres composés comme le fer ou la vitamine C[21].